Tout m'avale. Quand j'ai les yeux fermés, c'est par mon ventre que je suis avalée, c'est dans mon ventre que j'étouffe. Quand j'ai les yeux ouverts, c'est par ce que je vois que je suis avalée, c'est dans le ventre de ce que je vois que je suffoqie. Je suis seule et j'ai peur. Si on fait attention quand on regarde, on s'aperçoit que ce qu'on regarde nous fait mal, qu'on est seul et qu'on a peur. Je suis seule. Je n'ai qu'a fermer les yeux pour m'en apercevoir. Quand on veut savoir où on est, on se ferme les yeux. On est là où on estquand on a les yeux fermés: on est dans le noir et dans le vide. Là où je suis quand j'ai les yeux fermés, il n'y a personne, il n'y a jamais que moi. Il ne faut pas s'occuper des autres: ils sont ailleurs. Les autres, c'est loin. Les autres, ça se sauve, comme les papillon. Un papillon, c'est loin, loin comme le firmament, même quand on le tient dans sa main. Il ne faut pas s'occuper des papillons. On souffre pour rien. Il n'y a que moi ici. Je suis une locomotive enterrée vivante. Un aéroplane en cage.
texte tiré de la pièce A quelle heure on meurt?